ਰਾਗੁ ਗੋਂਡ ਬਾਣੀ ਭਗਤਾ ਕੀ ॥
raag go(n)dd baanee bhagataa kee ||
Raag Gond — la Bani (la parole révélée) des Bhagats ॥ Titre de section inscrit lors de la compilation : il ouvre, dans cette mesure musicale, la part réservée à la parole des Bhagats, aux côtés de celle des Gurus.
Simple titre de section, inscrit par Guru Arjan Dev Ji lors de la compilation : il ouvre, dans le Raag Gond, la partie réservée à la parole des Bhagats — ici Kabeer Ji, Namdev Ji et Ravidas Ji. Cette insertion dit à elle seule l'esprit du Guru Granth Sahib Ji : la parole d'un tisserand ou d'un cordonnier y est reçue au même titre que celle des Gurus.
Raag Gond · Bhagat Kabeer Ji
ਕਬੀਰ ਜੀ ਘਰੁ ੧ ੴ ਸਤਿਗੁਰ ਪ੍ਰਸਾਦਿ ॥
kabeer jee ghar pehilaa ikOankaar satigur prasaadh ||
Bani de Kabeer Ji, Raag Gond, Ghar 1. Un seul Être créateur universel. Par la grâce du Satguru.
ਸੰਤੁ ਮਿਲੈ ਕਿਛੁ ਸੁਨੀਐ ਕਹੀਐ ॥
sa(n)t milai kichh suneeaai kaheeaai ||
Si l'on rencontre un être saint, écoutons et parlons un peu ;
ਮਿਲੈ ਅਸੰਤੁ ਮਸਟਿ ਕਰਿ ਰਹੀਐ ॥੧॥
milai asa(n)t masaT kar raheeaai ||1||
si l'on rencontre un homme sans sainteté, restons silencieux. ॥1॥
ਬਾਬਾ ਬੋਲਨਾ ਕਿਆ ਕਹੀਐ ॥
baabaa bolanaa kiaa kaheeaai ||
Ô Baba, que faut-il dire quand on parle ?
ਜੈਸੇ ਰਾਮ ਨਾਮ ਰਵਿ ਰਹੀਐ ॥੧॥
jaise raam naam rav raheeaai ||1||
Parle de telle manière que tu demeures dans le Nom de Raam. ॥1॥ ॥ Pause ॥
ਰਹਾਉ ॥
rahaau ||
ਸੰਤਨ ਸਿਉ ਬੋਲੇ ਉਪਕਾਰੀ ॥
sa(n)tan siau bole upakaaree ||
Parler avec les êtres saints est profitable ;
ਮੂਰਖ ਸਿਉ ਬੋਲੇ ਝਖ ਮਾਰੀ ॥੨॥
moorakh siau bole jhakh maaree ||2||
parler avec le sot, c'est perdre son souffle. ॥2॥
ਬੋਲਤ ਬੋਲਤ ਬਢਹਿ ਬਿਕਾਰਾ ॥
bolat bolat baddeh bikaaraa ||
À force de parler, les travers se multiplient ;
ਬਿਨੁ ਬੋਲੇ ਕਿਆ ਕਰਹਿ ਬੀਚਾਰਾ ॥੩॥
bin bole kiaa kareh beechaaraa ||3||
mais sans parler, comment le pauvre homme réfléchirait-il ? ॥3॥
ਕਹੁ ਕਬੀਰ ਛੂਛਾ ਘਟੁ ਬੋਲੈ ॥
kahu kabeer chhoochhaa ghaT bolai ||
Dit Kabeer : c'est la cruche vide qui résonne ;
ਭਰਿਆ ਹੋਇ ਸੁ ਕਬਹੁ ਨ ਡੋਲੈ ॥੪॥੧॥
bhariaa hoi su kabahu na ddolai ||4||1||
celle qui est pleine ne remue jamais. ॥4॥1॥
Bhagat Kabeer Ji ne condamne pas la parole, il en cherche la juste mesure : ni bavardage ni mutisme, mais une parole qui garde le souvenir du Divin. La question posée au vers de Pause reste ouverte, et la réponse tient en une seule règle. L'image finale de la cruche est proverbiale : le vide fait du bruit, la plénitude est silencieuse.
ਗੋਂਡ ॥
go(n)dd ||
Gond.
ਨਰੂ ਮਰੈ ਨਰੁ ਕਾਮਿ ਨ ਆਵੈ ॥
naroo marai nar kaam na aavai ||
Quand un homme meurt, son corps ne sert plus à rien ;
ਪਸੂ ਮਰੈ ਦਸ ਕਾਜ ਸਵਾਰੈ ॥੧॥
pasoo marai dhas kaaj savaarai ||1||
quand une bête meurt, elle rend encore dix services. ॥1॥
ਅਪਨੇ ਕਰਮ ਕੀ ਗਤਿ ਮੈ ਕਿਆ ਜਾਨਉ ॥
apane karam kee gat mai kiaa jaanau ||
Que sais-je de l'issue de mes propres actes ?
ਮੈ ਕਿਆ ਜਾਨਉ ਬਾਬਾ ਰੇ ॥੧॥
mai kiaa jaanau baabaa re ||1||
Qu'en sais-je donc, ô Baba ? ॥1॥ ॥ Pause ॥
ਰਹਾਉ ॥
rahaau ||
ਹਾਡ ਜਲੇ ਜੈਸੇ ਲਕਰੀ ਕਾ ਤੂਲਾ ॥
haadd jale jaise lakaree kaa toolaa ||
Les os brûlent comme un fagot de bois,
ਕੇਸ ਜਲੇ ਜੈਸੇ ਘਾਸ ਕਾ ਪੂਲਾ ॥੨॥
kes jale jaise ghaas kaa poolaa ||2||
les cheveux brûlent comme une botte d'herbe. ॥2॥
ਕਹੁ ਕਬੀਰ ਤਬ ਹੀ ਨਰੁ ਜਾਗੈ ॥
kahu kabeer tab hee nar jaagai ||
Dit Kabeer : l'homme ne s'éveille
ਜਮ ਕਾ ਡੰਡੁ ਮੂੰਡ ਮਹਿ ਲਾਗੈ ॥੩॥੨॥
jam kaa dda(n)dd moo(n)dd meh laagai ||3||2||
qu'au moment où le bâton du Jam (le messager de la mort) frappe sa tête. ॥3॥2॥
Shabad très bref et volontairement rude. Kabeer Ji, tisserand, part d'une observation matérielle : la dépouille de l'animal est utile, celle de l'homme ne l'est pas — d'où la question de savoir ce que valait vraiment cette vie. L'aveu répété « qu'en sais-je ? » est le cœur du chant : c'est l'humilité devant le mystère de ses propres actes, non un fatalisme.
ਗੋਂਡ ॥
go(n)dd ||
Gond.
ਆਕਾਸਿ ਗਗਨੁ ਪਾਤਾਲਿ ਗਗਨੁ ਹੈ ਚਹੁ ਦਿਸਿ ਗਗਨੁ ਰਹਾਇਲੇ ॥
aakaas gagan paataal gagan hai chahu dhis gagan rahaile ||
Dans le ciel il y a le Ciel, dans les mondes d'en bas il y a le Ciel, aux quatre directions le Ciel s'étend.
ਆਨਦ ਮੂਲੁ ਸਦਾ ਪੁਰਖੋਤਮੁ ਘਟੁ ਬਿਨਸੈ ਗਗਨੁ ਨ ਜਾਇਲੇ ॥੧॥
aanadh mool sadhaa purakhotam ghaT binasai gagan na jaile ||1||
Source de toute joie, l'Être suprême demeure à jamais : la cruche du corps se brise, mais le Ciel ne s'en va pas. ॥1॥
ਮੋਹਿ ਬੈਰਾਗੁ ਭਇਓ ॥
moh bairaag bhio ||
Un détachement m'a saisi :
ਇਹੁ ਜੀਉ ਆਇ ਕਹਾ ਗਇਓ ॥੧॥
eih jeeau aai kahaa gio ||1||
cette âme, d'où est-elle venue, où s'en est-elle allée ? ॥1॥ ॥ Pause ॥
ਰਹਾਉ ॥
rahaau ||
ਪੰਚ ਤਤੁ ਮਿਲਿ ਕਾਇਆ ਕੀਨੑੀ ਤਤੁ ਕਹਾ ਤੇ ਕੀਨੁ ਰੇ ॥
pa(n)ch tat mil kaiaa keen(h)ee tat kahaa te keen re ||
Les cinq éléments réunis ont formé le corps ; mais ces éléments, d'où viennent-ils donc ?
ਕਰਮ ਬਧ ਤੁਮ ਜੀਉ ਕਹਤ ਹੌ ਕਰਮਹਿ ਕਿਨਿ ਜੀਉ ਦੀਨੁ ਰੇ ॥੨॥
karam badh tum jeeau kahat hau karameh kin jeeau dheen re ||2||
Tu dis que l'âme est liée par ses actes ; mais qui a donné vie aux actes eux-mêmes ? ॥2॥
ਹਰਿ ਮਹਿ ਤਨੁ ਹੈ ਤਨ ਮਹਿ ਹਰਿ ਹੈ ਸਰਬ ਨਿਰੰਤਰਿ ਸੋਇ ਰੇ ॥
har meh tan hai tan meh har hai sarab nira(n)tar soi re ||
Le corps est en Har et Har est dans le corps : lui seul est présent partout, sans interruption.
ਕਹਿ ਕਬੀਰ ਰਾਮ ਨਾਮੁ ਨ ਛੋਡਉ ਸਹਜੇ ਹੋਇ ਸੁ ਹੋਇ ਰੇ ॥੩॥੩॥
keh kabeer raam naam na chhoddau sahaje hoi su hoi re ||3||3||
Dit Kabeer : je n'abandonnerai pas le Nom de Raam ; qu'advienne, dans l'équilibre paisible, ce qui doit advenir. ॥3॥3॥
Le mot « gagan », littéralement le ciel, désigne ici la réalité divine sans limite, présente aussi bien en haut qu'en bas. Kabeer Ji retourne l'argument courant sur la loi des actes : si tout est enchaîné aux actes, il faut encore demander qui a mis en marche cet enchaînement. La cruche brisée reprend une image familière au tisserand : le contenant se casse, l'espace qu'il contenait n'a jamais été séparé du reste.